Camions, bus, énergie solaire : Elon Musk dévoile son Master Plan 2

Dix ans après son premier master plan, Elon Musk dévoile la feuille de route de Tesla Motors pour les prochains années. Au cœur son projet : camions et bus autonomes, production d’énergie solaire et super-usines auto-suffisantes.

Master Plan, Part Deux

Dix jours pile après l’anniversaire de la mort de Nikola Tesla, inventeur de la première voiture fonctionnant au courant alternatif, Elon Musk, le patron de Tesla Motors a déroulé son nouveau plan pour l’avenir de sa compagnie.

Baptisé non sans malice “Master Plan Part Deux”, en réponse à ses nombreux détracteurs qui voient en lui un grand mégalomane et à qui il n’hésite pas à donner du foin à brouter, le patron de Tesla Motors a dévoilé le contenu de son deuxième Master Plan. Dix ans après le premier.

On peut dire que le nouveau plan arrive à point nommé. Un peu plus d’une semaine après le premier accident mortel impliquant le système Autopilot d’un véhicule Tesla, Elon Musk multiplie les publications sur twitter et son blog pour recoller les morceaux de l’image jusqu’ici rondement bien travaillée dont héritait la compagnie. La semaine dernière, il renvoyait vers une publication d’un conducteur de tesla qui rappelait les principes même des automobiles tesla, qui ne doivent pas être prises pour des systèmes de navigation complètement autonomes. Aujourd’hui encore, le patron aux multiples casquettes publiait un témoignage du sauvetage d’un piéton par l’Autopilot.

En guise d’ouverture de son post publié hier sur le blog tesla, Elon Musk énumère les objectifs fixés dans le premier plan de 2006 : créer une voiture électrique haut de gamme (Roadster). Utiliser l’argent récolté pour concevoir un modèle plus abordable (Model S). Utiliser l’argent collecté pour un modèle encore plus accessible (Model 3). Et enfin, fournir de l’électricité photovoltaïque. Tous selon lui ont été atteints ou sont en passe de l’être.  Un plan à quatre étapes rendu nécessaire par les risques induits par la démarche même de produire et vendre un véhicule entièrement électrique : “Je pensais nos chances de succès si minces que je ne voulais pas risquer de perdre l’argent de quiconque si ce n’est le mien.” C’est pourquoi il a investi une grande partie de sa fortune acquise à la tête de PayPal. Une autre partie ayant filée tout droit chez SpaceX, et une autre dans la plate-forme de développement d’intelligences artificielles OpenAi. Selon lui, son pari a été un succès, Tesla et Ford sont les deux seuls constructeurs automobiles à avoir réchappé de la faillite. Plus loin dans le texte, le visionnaire se dédouane de toute accusation de business pour les riches. Il explique que c’est justement pour faire taire ses détracteurs qui l’accusent de concevoir des voitures sportives et électriques uniquement pour les riches, qu’il a élaboré ce plan à quatre étapes, avec un modèle relativement abordable à la clé.

Tesla s’improvise énergéticien du XXIème siècle

Changer la totalité de l’infrastructure énergétique dans le monde“, lançait-il lors de l’annonce, le 30 avril 2015, du lancement de sa nouvelle batterie, qui ne viendra pas alimenter ses automobiles, mais bien plutôt les foyers de millions d’américains. Son ambition d’alors était d’équiper chaque foyer américain de panneaux photovoltaïques et d’une batterie appelé Powerwall, à 3500$ pour stocker toute l’énergie produite. Et il a bien raison. Car au-delà des critiques à l’égard de la prétendue efficacité de sa nouvelle batterie, présentée comme très écologique, c’est un nouveau pas vers une transition énergétique durable que propose Tesla. Le défi majeur rencontré par la production d’énergies renouvelables, c’est justement leur stockage, très difficile et coûteux. Sans parler du désastre écologique que représente l’amoncellement des batteries, qui contiennent des composants particulièrement toxiques difficilement recyclables et qui alimentent pourtant la majeure partie de nos appareils électroniques. Chaque année des scientifiques sortent de l’ombre avec un nouveau concept de batterie présenté comme plus écologique. Mais rares sont les annonces qui font véritablement mouche.

Tesla est une entreprise comme une autre, avec sa production de masse et ses intérêts financiers qui prévalent sur toutes autres préoccupations environnementales. Toujours est-il que son principal argument marketing est justement la promesse d’un monde plus vert. On peut donc légitimement s’attendre à ce que l’entreprise consacre tous ses efforts et tout son argent à développer des produits plus performants énergétiquement parlant, mais aussi environnementalement parlant. Car performance énergétique n’est pas forcément synonyme de performance écologique. Encore faut-il, comme nous l’avons précisé, que les composants des batteries soient plus facilement recyclables et effectivement recyclés.

Déjà en 2006, dans sa première version du Master Plan, Musk déclarait “vouloir accélérer la transition d’une économie basée sur les énergies fossiles consommables à une économie solaire et électrique, qui ne doit pas constituer la solution exclusive mais au moins prioritaire“.

Pour cela, la compagnie a lancé en 2014 la construction d’un projet pharaonique. Celui de sa Gigafactory, une immense usine 4.0 fonctionnant aux énergies renouvelables. Avec elle, le constructeur espère produire en 2020 plus de batteries-ions qu’il n’en était produites mondialement en 2013.

concept de la gigafactory de Tesla Motors

Plus récemment, en juin 2016, la compagnie la plus sur-côtée des Etats-Unis (plus de 325000 commandes en une semaine pour sa Model 3, qui n’a même pas été dévoilée) annonçait le rachat de SolarCity, un fabricant de panneaux photovoltaïques de taille réduite capables de produire “jusqu’à 50 miles d’électricité par jour” si vous l’utilisez pour un véhicule, expliquait-il en 2006. Dans sa publication de 2016, il justifie sa décision de racheter SolarCity : “Une expérience de commande, une seule installation, un seul service-client, une appli mobile”. Tels sonts les services que tesla veut fournir à ses clients. Or “c’est impossible de le faire si Tesla et SolarCity demeurent séparées, nous devons donc briser la barrière qui les oppose“. A rappeler que, déjà en 2006, Elon Musk était le principal soutien financier de Tesla, mais aussi de SolarCity.

Des voitures, mais aussi des bus autonomes

Face aux critiques fustigées à l’encontre de l’Autopilot, Musk a souhaité clarifier la situation “Il faut mettre au clair l’utilisation du terme beta en parlant de l’Autopilot. Il ne s’agit en aucun cas d’un logiciel beta au sens commun du terme. Chaque sortie de produit passe par une série d’évaluations techniques avant d’être proposée aux clients. Nous l’appelons beta pour ne pas tomber dans l’auto-complaisance et montrer que nous travaillons en permanence à améliorer ce dispositif. Ce n’est pas avant que notre Autopilot soit au moins 10 fois plus sûr qu’un véhicule moyen, que nous cesserons d’employer le terme de beta“. Une déclaration qui vise surtout à calmer les invectives lancées à l’encontre du constructeur, accusé de vouloir se dédouaner de toute fautes dans l’accident mortel à travers l’emploi du terme Beta.

Il souligne également “que le perfectionnement et la validation du logiciel prendra beaucoup plus de temps qu’il n’en a fallu pour installer les caméras, les radars, sonars et tout le hardware“. Une bonne piqûre de rappel pour insister sur le fait que l’Autopilot et la Model S ne sont pas des voitures autonomes à proprement parler, et qu’il y a encore beaucoup de progrès à faire dans cette direction.

Après la Roadster, la Model S et la Model 3, la compagnie annonce qu’elle sortira un SUV ainsi qu’un nouveau type de pick-up pour viser “la plus grande partie des consommateurs“. Si l’entreprise ne sort pas plus de véhicules plus rapidement, c’est parce que le passage d’une production limitée à une production de masse est un défi majeur. Pour accompagner cette transition “les ingénieurs de Tesla se sont concentrés sur la machine qui fabrique la machine, de faire de l’usine un véritable produit” explique-t-il.

Mais l’ambition de Tesla ne s’arrête pas là. En plus du marché grand public, elle travaille déjà sur deux nouveaux types de véhicules utilitaires qui seront dévoilés l’an prochain : un camion de transport ainsi qu’un bus de transports urbains.  Faire “basculer le rôle du conducteur de bus vers celui du gérant d’une flotte de véhicules“, ainsi se résume son ambition. Ce modèle, baptisé Tesla Semi “apportera une réduction sensible des coûts de transport de marchandise, tout en améliorant la sécurité”. L’automatisation des transports est portée par une variété d’arguments : baisse des coûts d’opération, sécurité améliorée, et trafic fluidifié. Des arguments qui touchent peu ou proue toutes les composantes de la société : automobilistes, autorités publiques et entreprises.

Pour finir, lorsque l’automatisation aura été finalement acceptée par le législateurs, Musk veut pouvoir construire un réseau de réservation de véhicules autonomes à distance. Il souhaite ajouter à l’appli mobile une fonctionnalité bien de son temps : le partage. Ainsi, lorsque vous vous abstenez ou partez en vacances, Musk veut que vous puissiez louer votre voiture grâce à l’appli et sans vous en soucier. D’après lui, les propriétaires de voitures n’utilisent leur voiture que 5 à 10% du temps. Cette fonctionnalité totalement inédite a pour but dé décupler “l’utilité économique fondamentale d’une vraie voiture autonome par rapport à une voiture normale“. Et dans les villes où la demande de location dépasserait l’offre, Tesla annonce mettre à disposition sa propre flotte de véhicules à destination des usagers.

En conclusion, Elon Musk résume son Master Plan qui vise à : créer des toits solaires reliés à des batteries; agrandir la gamme de véhicules électriques pour toucher tous les segments; développer des capacités de pilotage autonome 10 fois plus sûres que la conduite manuelle grâce au Big Data; et permettre à votre voiture de faire de l’argent sans même que vous l’utilisiez.

Liens vers les Master Plan Un, et Master Plan Part Deux (en anglais).

Cet article Camions, bus, énergie solaire : Elon Musk dévoile son Master Plan 2 est apparu en premier sur Humanoides.fr.

Camions, bus, énergie solaire : Elon Musk dévoile son Master Plan 2