Imprimer sa nourriture, c’est pour demain ?

Dernier jour d’ouverture pour le Lutti Lab à Paris. La célèbre marque de bonbons propose à ses clients de créer leurs propres friandises à l’aide d’une imprimante 3D. Forme, couleurs, goût, tout est personnalisable.

On connaissait l’imprimante 3D qui répare des organes ou celle qui crée des tatouages, mais le futur est peut-être ailleurs : et si l’impression 3D entrait dans nos cuisines ?

Imprimer à partir de produits frais

Les premières imprimantes à rejoindre le grille-pain et le mixeur se baseront sur des technologies utilisant des aliments existants.

Bocusini, Choc Edge ou encore XYZPrinting, de nombreuses entreprises se lancent sur le marché. Mais l’un des espoirs du secteur est Natural Machines, une start-up espagnole, qui devrait lancer la commercialisation de son produit cette année. Baptisée Foodini, l’imprimante se base sur des capsules réutilisables dans laquelle l’utilisateur insère des produits frais et des aliments de base comme la farine et l’eau.

Imprimante 3D de nourriture Foodini

Nourriture imprimée en 3D

Pour l’instant, elle n’est capable de réaliser que des préparations sous formes de couches : pizzas, tartes, quiches, raviolis, etc. L’intérêt réside donc principalement dans la possibilité de créer des plats aux formes originales et ludiques, de la quiche dinosaure aux épinards au sapin de Noël 3D en chocolat.

A 1500$, la technologie n’est pour l’instant pas accessible à tous mais devrait se démocratiser très vite. A noter qu’une plateforme en ligne permettra de partager et télécharger des recettes d’autres utilisateurs.

L'impression 3D de nourriture

Une alternative à l’alimentation classique : l’edible growth

L’edible growth est un concept culinaire surprenant. Chloé Rutzerveld, une designer alimentaire danoise, a décidé de surfer sur la mode de l’impression 3D pour proposer une nouvelle alimentation bio, équilibrée et auto-croissante. Son projet ? « Créer un écosystème entièrement comestible avec les organismes vivants dans une base imprimée par une imprimante 3D et qui évolue vers un plat à part entière, progressivement ».

Concrètement, elle utilise une structure de base faite de couches de pâte percées dans laquelle elle injecte des graines, des spores et de la levure. Le tout imprimé, il suffit d’attendre que les germes poussent pour voir la nourriture se former jour après jour. L’ensemble de la structure est comestible.

Graines

Le vrai challenge ? Produire à partir de rien

L’idée de manger un plat imprimé n’est pas forcément appétissante, mais aurons-nous toujours accès à de la nourriture classique quand nous seront 10 milliards sur Terre ? Car au delà de l’aspect ludique, il existe de véritables enjeux écologiques et pratiques.

Il y a deux ans, la NASA a accordé une enveloppe de 125.000$ à l’un de ses ingénieurs pour créer une imprimante 3D capable de fabriquer de la nourriture dans l’espace, à partir de poudres alimentaires et de poudres de protéines. Aujourd’hui, cette imprimante est capable d’imprimer une pizza qui couvre les besoins journaliers d’un astronaute.

pizza imprimée en 3D

Cette machine pourrait servir à plus grande échelle pour pallier aux pénuries en proposant des préparations à haute valeur énergétique ou à partir de denrées non périssables.

Imprimer sa nourriture, c’est donc déjà possible. Mais les technologies de l’impression alimentaire n’en sont encore qu’à leurs balbutiements et il faudra quelques années supplémentaires pour créer des machines accessibles et capables de produire à partir de rien, comme on a pu le voir dans le Cinquième Élément ou Star Trek. Dans un futur proche, elles devraient cependant être capables de proposer des préparations complexes, équilibrées et savoureuses, et peut-être lutter contre la famine dans le monde.

Dinosaures imprimés en 3D

Crédits photo : Lutti, NASA, Natural Machines, Chloé Rutzerveld.

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Imprimer sa nourriture, c’est pour demain ?

L’Intelligence artificielle au cinéma

Le thème de l’intelligence artificielle (IA) est de plus en plus présent dans les salles de cinéma à mesure que les progrès scientifiques de la discipline deviennent visibles du grand public.

Depuis trois décennies, Hollywood s’est emparé du sujet de l’IA et le décline désormais sous tous les angles qu’offre la science fiction. S’il est facile aujourd’hui de recenser les succès et les échecs cinématographiques liés à l’IA, il est en revanche bien plus complexe de mesurer la puissance des biais cognitifs et des fantasmes qui orientent les scénari actuels. Livrons-nous à un inventaire non exhaustif des “lois de Godwin” qui influencent consciemment ou non les scénaristes travaillant sur l’IA…

Une loi et un point de Godwin pour le traitement de l’IA au cinéma…

D’après Wikipédia, ” la « loi » de Godwin s’appuie sur l’hypothèse selon laquelle une discussion qui dure peut amener à remplacer des arguments par des analogies extrêmes. L’exemple le plus courant consiste à comparer le thème de la discussion avec une opinion nazie ou à traiter son interlocuteur de nazi. En l’absence de précision de Mike Godwin sur les extensions possibles, on hésite à parler de point Godwin pour une comparaison avec tout régime dictatorial autre que le nazisme. Si le sujet de la discussion était très éloigné d’un quelconque débat idéologique, une comparaison de ce genre est considérée comme un signe d’échec de la discussion. On estime alors qu’il est temps de clore le débat, dont il ne sortira plus rien de pertinent : on dit que l’on a atteint le « point Godwin » de la discussion “.

Il est désormais assez facile de définir le point de Godwin dans un film traitant de l’IA. C’est typiquement le moment du film ou l’IA commence à se retourner contre ses créateurs ou contre les personnages centraux “fédérateurs” du scénario qui sont confrontés à cette IA. La loi de Godwin sous-jacente peut alors s’énoncer simplement : ” Il existe dans tout film (hollywoodien ou non) un instant dans le scénario à partir duquel l’IA devient contreproductive, néfaste, maléfique ou destructrice pour les héros de l’histoire “. On peut bien entendu décliner cette loi en la nuançant quelque peu. Ainsi, la version faible de la loi s’énonce comme suit : “Il existe un instant dans le film à partir duquel les intérêts et les objectifs de l’IA divergent de ceux des personnages avec lesquels le public s’identifie”.

Les productions cinématographiques traitant de l’IA se répartissent en trois catégories. Dans la première catégorie, l’IA est présentée dès le début du scénario, comme un personnage néfaste et “conspiratif”. Le point de Godwin correspond alors à la première image du film. Les héros humains combattent cette IA tout au long de l’intrigue jusqu’à sa destruction finale. Ce modèle manichéen peut sembler rudimentaire mais fonctionne en général assez bien en terme de réussite commerciale. C’est le cas avec Terminator (1984), IRobot (2004), (pour l’IA centralisée), Matrix (1999), et avec une très longue liste de films de série B tous dérivés du scénario de Terminator.

Il existe ensuite une deuxième catégorie de film pour lesquels le point de Godwin n’est pas apparent au début mais s’installe petit à petit, dans une progression logique. Le scénario est en général moins manichéen que celui de la première catégorie mais l’épilogue reste le même. L’IA devenue envahissante, aliénante, totalitaire ou destructrice est combattue puis vaincue par des humains parfois alliés à de petites IA se situant du côté du “bien” pour combattre le mal (l’IA centrale). Dans cette catégorie, on passe souvent de la version faible de la loi de Godwin à sa version forte en cours de scénario. On retrouve ce cheminement dans Transcendance (2014), dans 2001 l’Odyssée de l’espace (1968), et dans de nombreux téléfilms de série B qui méritent d’être vite oubliés. Parmi les films ne relevant que de la version faible de la loi de Godwin, on peut citer Her (2013), Ex Machina (2015) et dans une moindre mesure Uncanny (2015) qui utilise les “ficelles” du test de Turing et de la célèbre Uncanny Valley, étudiée en robotique.

Ex-machina

Il existe enfin une troisième catégorie de film dans lesquels l’IA n’est pas le personnage central mais joue les seconds rôles, en appui d’humains occupés à relever un défi d’importance vitale. Cette IA est entièrement dévouée au superviseur humain. On la rencontre dans de nombreux films traitant de la conquête spatiale, comme dernièrement, Interstellar (2014). Le robot Tars d’Interstellar ne ressemble pas à un homme. Il n’y a pas de confusion possible à ce niveau, ce qui permet d’éviter les effets d’Uncanny Valley. Tars est bienveillant, autonome mais pas trop. Son sens de l’humour est paramétrable de 0 à 100 % ainsi que sa franchise. L’IA de Tars est moins développée que celle de HAL dans 2001 l’Odyssée de l’espace ou que celle de Skynet dans Terminator. Les trois lois d’Asimov sont également parfaitement respectées par le robot Tars qui n’hésite pas à se sacrifier pour garantir l’avenir de l’humanité. Comme R2D2 dans Star Wars, Tars demeure totalement dévoué à son créateur et n’échappe pas à son statut de fidèle outil.

TARS Interstellar

TARS dans l'eau

Les films traitant d’une IA qui ne dégénèrent pas en cours de scénario vers un conflit sont donc très rares. L’augmentation de l’autonomie installe ainsi presque toujours une situation de duel avec l’homme. Pour les scénaristes, la cohabitation ou la coopération pacifique entre l’IA et le genre humain semblent réellement incompatibles. Comment expliquer ce traitement de l’IA toujours mené à charge ?

Au cinéma, l’IA forte ne peut être bienveillante…

Les raisons en sont multiples. La première d’entre elles relève des contraintes spécifiques du traitement cinématographique : elles imposent la construction d’une intrigue avec trois types d’acteurs : les “bienveillants”, les “neutres” et les “nuisibles”. Lorsque l’IA tente de s’émanciper de sa tutelle humaine, elle devient un personnage à part entière et échappe ainsi à son statut de simple outil intelligent (celui de Tars). Ce personnage doit alors entrer dans l’un des trois types. Plus l’IA est développée et plus le type “neutre” semble incompatible. Une IA forte prend des décisions fortes qui influencent fortement le scénario. Il ne reste donc à cette IA forte que les types des personnages “bienveillants” ou “nuisibles”. Si l’IA s’inscrit dans le type des bienveillants, elle doit alors s’opposer à des nuisibles, qui sont indispensables à l’intrigue et à la conflictualité sous-jacente. Qui mettre alors en face, chez les nuisibles ? une autre IA forte ? Cela reviendrait à exclure l’homme des rôles principaux du scénario et présenterait un risque pour la réussite commerciale du film. Si le type des nuisibles est occupé par les hommes et celui des bienveillants par l’IA, il semble alors difficile pour le spectateur de s’identifier au héros du film quand celui-ci n’est pas humain. Un tel scénario aurait peu de chance de fédérer un public et constituerait encore un risque d’échec commercial pour le film. Bref, la distribution la plus simple à mettre en œuvre et la moins risquée en terme commercial est celle d’une IA nuisible dès le début du film ou qui le devient vite au fil du scénario, confrontée alors à des humains bienveillants.

vallée dérangeante

Nos biais cognitifs et nos peurs ancestrales rejettent l’IA forte

D’autres raisons, plus profondes et plus subtiles, viennent renforcer le tropisme du traitement négatif de l’IA. Elles s’appuient en général sur les biais cognitifs humains et sur les peurs ancestrales qui opèrent pour la sauvegarde de l’espèce humaine (comme la peur des araignées chez certaines personnes). Une IA forte dotée d’une totale autonomie échapperait définitivement à la supervision humaine. Elle serait alors instinctivement considérée comme une menace par nos curseurs darwiniens. La perception négative de l’IA résulterait d’un réflexe de survie inscrit dans nos gènes au cours de l’évolution humaine. L’émergence d’une IA forte, trop brutale par rapport à l’échelle de temps darwinienne, n’aurait ainsi aucune chance d’être admise ou assimilée par nos capteurs ancestraux. Le phénomène d’Uncanny Valley bien connu en robotique résulte de mécanismes assez semblables. Il définit le fossé entre l’humain et l’imaginaire qui n’entre pas dans sa zone d’admissibilité. La perception négative d’une IA forte résulterait ainsi d’une vallée encore plus profonde et plus large que celle de l’Uncanny Valley, nous séparant d’une acceptation instinctive. Le cinéma ne ferait alors que reproduire ce schéma fédérateur dans l’ensemble de ses films évoquant l’IA.

Le traitement cinématographique de l’IA agit comme un révélateur fidèle de l’image que nous nous en faisons. Il projette à l’écran nos peurs ancestrales, nos biais de perception et nos fantasmes alors même que la montée en puissance de l’intelligence artificielle vient bouleverser notre quotidien. Nous devons désormais souhaiter que la vallée qui s’ouvre devant nous ne devienne pas infranchissable…

Thierry Berthier

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