Santé et Big Data : DeepMind met la main sur les données médicales d’1,6 millions de britanniques

Vous vous en doutez bien, battre l’Homme au jeu de Go était loin d’être l’objectif final du géant américain. Plutôt qu’un aboutissement en soi, il s’agissait de montrer au monde les nouveaux pouvoirs de l’intelligence artificielle, la nouvelle coqueluche de la Silicon Valley. Une intelligence artificielle qui, si l’on en croit Sundar Pichai, le CEO de Google, devrait bientôt supplanter les simples appareils et ordinateurs.

La revue New Scientist a pu jeter un œil à un accord de partage de données entre Deep Mind et le National Health Security britannique. Le NHS, créé en 1948 dans la foulée de la Seconde Guerre Mondiale pour combattre les cinq “grands maux” de la société (à savoir le besoin, la maladie, l’ignorance, la malpropreté et la paresse) visait pour la première fois à protéger les citoyens du “berceau au tombeau”, selon l’expression consacrée par le rapporteur William Beveridge. Le NHS a été le pionnier de la constitution des systèmes de santé publique modernes. Aujourd’hui encore, le NHS persiste et signe.

En acceptant de délivrer les données médicales d’1,6 millions de britanniques, le gouvernement d’outre-manche prend le potentiel du Big Data à bras le corps et dépasse largement l’étendue de la collaboration annoncée publiquement en février dernier. Un accord d’autant plus controversé qu’il intervient à peine deux semaines après qu’un million de patients se sont retirés d’un programme similaire d’exploitation des données médicales appelé Care.data et piloté par le Health & Social Care Information Centre (devenu NHS Digital).

DeepMind Health et le Big Data au service de la santé

Le contenu de l’accord. Si l’on s’en tient au document obtenu par le New Scientist, l’accord entre Google UK et le NHS Royal Free Fondation autorise l’échange de données PID (person identifiable data), c’est à dire toutes les données qui pourraient mener à l’identification d’un individu. Google a donc désormais accès aux noms, adresses, numéros de sécurité sociale et de téléphones, dates de naissance, et codes postaux mais aussi aux informations quotidiennes sur les activités hospitalières, comme la position et le statut des patients. DeepMind saura également qui vient rendre visite aux patients et quand, et obtiendra les résultats de certains tests de pathologie et de radiologie des 1,6 millions des patients qui passent par les trois hôpitaux londoniens gérés par le Royal Free NHS Trust qui font partie de l’échange.

A quoi sont destinées ces données ? Deep Mind peut ainsi recueillir les données médicales des cinq dernières années de la part d’1,6 millions de patients britanniques. Le but étant de tester sa plate-forme Patient Rescue en analysant les données pour alerter les patients atteints de maladies aiguës du foie. Parce que 25% des 40 000 morts par an d’une hépatopathie chronique au Royaume-Uni, seraient évitables avec de la prévention efficace, la collaboration avec le NHS prévoyait initialement la conception de l’application Streams, destinée à aider le personnel médical à monitorer les patients souffrant du foie de manière à prévenir toute complication.

Mais d’après Sam Smith, qui dirige le groupe de data santé MedConfidential, “il ne s’agit pas seulement des données sur le foie. Ils reçoivent l’accès à toutes les données“, d’où le second objectif affiché dans l’accord, qui consiste à faire de l’analyse, de la détection et du diagnostic en temps réel pour accompagner le processus de décision quant au traitement dispensé aux patients. Les données ne quitteront pas l’Union Européenne et seront détruites en septembre 2017, assure Google dans le contrat passé avec le NHS.

Le NHS n’a pas souhaité répondre aux questions du New Scientist quant à la possibilité de s’opposer à la divulgation de ses données médicales personnelles. L’objectif de cette main mise sur une montagne de données médicales, c’est évidemment de pouvoir tester les pouvoirs de prédiction de DeepMind, poursuit Mr Smith : “ce que DeepMind essaye de faire, c’est de fabriquer un algorithme suffisamment générique pour prédire l’apparition de toutes les maladies dont il existe un test“.

La santé, terrain de jeu des nouvelles technologies

De nombreux géants du numérique et des technologies se lancent dans les nouvelles technologies de la santé. Avec son I.A Watson, IBM a déjà fait passer le diagnostic du cancer à un tout autre niveau. Apple ne se laisse pas non plus faire. La marque à la pomme dont les travaux dans les domaines de l’intelligence artificielle et de la voiture autonome demeurent drapés de mystère, a donné un nouvel indice sur sa stratégie. La firme de Cupertino vient tout juste d’embaucher Yoky Matsuoka, ancienne roboticienne à l’Université de Washington, co-fondatrice du laboratoire secret Google X et ex-patronne de Nest. Sa nouvelle mission ? Diriger les projets innovants d’Apple dans le domaine de la santé. De ce que l’on sait, Apple se contente pour le moment de développer des projets santé type HealthKit ou Carekit. Des applications téléphones développées dans le cadre du projet ResearchKit et qui permettent de collecter des données de santé et surtout de les partager de façon à fournir un éco-système médical dense et pertinent.

Plus d’informations sur ReaserchKit d’Apple.

Lien vers le contrat passé entre Google UK et le NHS.

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